Mercredi 7 Février : visite de la prison de Tuol Sleng – S21

Pour comprendre l’histoire du Cambodge, et notamment les raisons du génocide qui y a eu lieu, nous avons décidé de visiter la prison Tuol Sleng, plus connue sous le nom de prison S21. On vous prévient, cet article n’est pas des plus joyeux… mais cela fait parti de notre Histoire et il nous semble important de partager ce que nous avons appris pour ne pas oublier.

On commence par le contexte de l’arrivée des Khmers Rouges au pouvoir.

Tout ďabord il faut savoir que, pendant la guerre du Vietnam, le Cambodge servait de base arrière des forces Vietnamiennes. De ce fait, des renforts humains et matériels transitaient par le Cambodge. A ce titre, le Cambodge a subit ďinnombrabres bombardements de la part des États-Unis. Pour donner un ordre ďidée, ce pilonnage représente plus de 600 000 tonnes de bombes larguées, soit environ 2 700 000 impacts sur le sol Cambodgien, la majorité visant les campagnes… Ces bombardements ont tué entre 550 000 et 750 000 Cambodgiens et ont créé famine et misère dans le pays.

Le dirigeant de l’époque, Lon Nol, était un dictateur corrompu et soutenu par les États-Unis. La population vivant dans les campagnes, et qui était soumise aux bombardements réguliers, ont progressivement associés les gens des villes, les gens aisés et instruits, à la corruption de Lon Nol, et donc responsables de leurs malheurs. Un écart s’est creusé entre les populations. Ainsi, le peuple rural a progressivement rejoint le mouvement des Khmers Rouges afin de combattre le régime corrompu de Lon Nol et les Américains.

Pol Pot était le chef du régime Khmers Rouges, régime officiellement appelé le Kampuchéa Démocratique mais plus communément appelé « l’Angar« , qui signifie « l’Organisation« . Les Khmers Rouges prennent progressivement le contrôle du territoire Cambodgien. Ils enferment et/ou tuent leurs opposants politiques ainsi que leur famille.

Le 17 Avril 1975, les Khmers Rouges entrent dans la ville de Phnom Penh et sont accueillis comme les libérateurs du joug de la corruption et des Américains. Le jour même, ils imposent à la population de quitter la ville, prétextant qu’elle va être bombardée par les États-Unis. On leur dit qu’ils pourront rentrer chez eux dans les jours à venir mais cela ne sera jamais le cas. Toutes les grandes villes sont ainsi vidées, à la faveur des campagne, et commence un long exode pour la population.

La vie urbaine et moderne est considérée comme mauvaise et encline à la corruption. Un retour à la vie rurale, aux champs, est imposé par led Khmers Rouges. Des coopératives agricoles sont créées pour accueillir la population et l’y faire travailler. Les conditions de travail y sont très durs: hommes, femmes et enfants travaillent dans les champs, sous un soleil de plomb, pendant 12h à 19h par jours. Ils sont peu nourris et beaucoup meurent de fatigue, de faim ou de maladies. La population devient une main-ďoeuvre corvéable proche de l’esclavage. Les familles sont divisées et leurs membres sont souvent envoyés dans des coopératives différentes. De plus, il ne peut rien y avoir au dessus de l’Angkar. C’est pourquoi la religion est interdite et de nombreux temples détruits.

Les Cambodgiens perdent toute liberté de déplacement, ils sont soumis à des règles très strictes et doivent assister à des séances ďendoctinement.

Les moines et les citadins sont très mal vus par les Khmers Rouges qui considèrent qu’ils ont eu une vie facile à l’inverse des paysans qui ont souffert des bombardements intensifs. Ils deviennent « le peuple nouveau« , à l’instar des ruraux appelés « le peuple de base« .

Seul le peuple de base est considéré comme citoyen de plein droit. Cela leur permet ďavoir des rations alimentaires plus conséquentes et ďaccéder à des postes dans les coopératives.

Des courriers sont envoyés par les Khmers Rouges aux expatriés Cambodgiens, afin qu’ils reviennent au Cambodge pour participer à la reconstruction de leur pays. En réalité, bon nombre de ceux qui sont revenus ont finit en prison.

De plus, toutes les personnes étant reconnues comme des intellectuels (avocat, médecins, artistes, professeurs, etc.) sont considérées comme suspects. Elles sont pour la plupart envoyées dans des prisons afin ďobtenir des aveux. Le simple fait ďavoir des mains propres, de parler une langue étrangère, de posséder des lunettes ou des livres pouvait vous conduire en prison, officiellement appelées « centres de rééducation« . D’autres motifs anodins pouvaient vous conduire dans ces centres, tels que : la cueillette de fruits (considérée comme vol), la manifestation ďimpatience ou de colère, les propos jugés subversifs, etc.

Nous avons visité l’une de ces prisons : Tuol Sleng, surnommée S21. Cette prison a accueilli entre 12 000 et 20 000 personnes, hommes, femmes et enfants confondus, considérés comme suspects. Toutes ont étés enregistrées, photographiées, torturées et tuées. Seulement 7 ďentre elles ont survécues. Voici une petite présentation de ce que fut S21:

La visite commence dans les salles de classe du bâtiment A, dans lesquelles se trouvent uniquement un lit, auquel les prisonniers étaient attachés, ainsi qu’une boîte de munitions pour faire leurs besoins.

Dans chaque chambre est affiché une photo des corps retrouvés lors de la découverte de la prison à la fuite des Khmers Rouges. 14 corps ont été retrouvées et ont été enterrés dans la cour. Cour qui est par ailleurs charmante dans ce lieu si lugubre.

Les prisonniers étaient torturés jusqu’à 3 fois par jour. Le sol est noirci par les traces de sang. Sur certains murs il y a des inscriptions ou encore des traces de griffures. Les prisonniers devaient obéir à des règles absurdes, telle que ne pas crier lorsqu’ils étaient torturés.

La torture avait pour but ďextirper des aveux. Les prisonniers finissaient par avouer des choses fausses pour que cela cesse. Une fois leur déposition signée, ils étaient envoyés dans la ville de Choeug Ek où ils étaient assassinés…

Le bâtiment B quant à lui est entouré de barbelés, mis en place pour éviter les suicides…

À l’intérieur, de minuscules boxes dans lesquels étaient détenus 1 ou 2 prisonniers.

Dans une autre salle, on peut voir au sol des anneaux. Ils servaient à attacher entre eux 4-5 prisonniers, avec des barres en fer. Ces derniers étaient allongés les uns à côtés des autres et n’avaient pas le droit de s’asseoire sans autorisation. L’un des survivants, Vann Nath un peintre, a réalisé de nombreuses peintures décrivant les subices endurés.

Le repas des prisonniers se résumait à 4 cuillères de soupe par jour. Autant dire rien… lorsque ces derniers étaient surpris à manger des insectes, ils étaient battus.

Lorsque les détenus tombaient malades avant ďêtre passés aux aveux, ils étaient « soignés » par des « infirmières » qui ne connaissaient rien à la santé, puisque les vraies infirmières et médecins faisaient parti (e)s du peuple nouveau, peuple considéré comme supect et donc pour la plupart tués. Ces nouvelles « infirmières » soignaient donc les plaies à l’eau salée et avaient appris à faire les piqûre sur des oreillers… inimaginable !

Dans ďautres salles sont affichées des photos de tous ces détenus, prises à leur arrivée à S21. Tous ces yeux braqués sur vous, glacent le sang. Leurs visages sont souriants ou graves, en colère ou expriment la peur. On les regarde, un par un. Il y a tellement de visages, tellement de vies brisées. Incompréhension. Tristesse. Comment l’homme peut-il commettre de telles horreurs ??!!

La visite se termine devant ce mémorial, où sont répertoriés le noms des victimes recensées de S21. Beaucoup de noms et de photos ont été détruites avant la fuite des Khmers Rouges.

De 1975 à 1979, il y aura eu environ 1,7 millions de morts soit près de 21% de la population. Sans compter tous ceux qui ont perdu la vie dans les bombardements…

Nous souhaitons par cet article partager l’histoire de ce pays afin que cela ne soit pas oublié et éviter que cela se reproduise. Nous souhaitons aussi et surtout rendre hommage à ces milliers d’hommes, de femmes et ďenfants qui ont enduré l’horreur.

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